Sentier forestier enneigé à Inari, au cœur du territoire sámi de Laponie finlandaise

Le peuple Sámi de Laponie

Seul peuple autochtone reconnu de l'Union européenne, présent dans la région depuis des millénaires, réparti sur quatre pays et trois langues rien qu'en Finlande.

On les appelle souvent « Lapons », un terme qu'ils rejettent : il vient de l'extérieur et a longtemps servi d'insulte. Eux se nomment Sámi, et leur pays Sápmi. Il ne correspond à aucune frontière nationale.

Qui sont les Sámi, peuple autochtone de l'Arctique européen

Le Sápmi couvre le nord de la Norvège, de la Suède et de la Finlande, ainsi que la péninsule de Kola en Russie. Les Sámi y sont installés bien avant que ces États n'existent, ce qui explique le statut particulier que leur reconnaît le droit international.

Norvège
Plus de 55 000
Suède
15 000 à 25 000
Finlande
Environ 10 000
Russie, péninsule de Kola
Environ 2 000

Ordres de grandeur, les recensements variant selon les critères retenus. La Finlande reconnaît la qualité de Sámi sur des critères linguistiques et de filiation, ce qui reste un sujet de contentieux.

En Finlande, le territoire sámi couvre les communes d'Enontekiö, d'Inari, d'Utsjoki et le nord de Sodankylä. Une majorité de Sámi finlandais vit pourtant aujourd'hui en dehors de cette zone, à Helsinki notamment.

D'où viennent les Sámi : origines et installation en Laponie

Les études génétiques situent l'arrivée d'une ascendance sibérienne dans la région il y a environ 4 000 ans. Dès l'âge du bronze, les Sámi occupaient un territoire qui allait du Finnmark norvégien à la péninsule de Kola, avant de descendre plus au sud au début de notre ère.

Leurs langues appartiennent à la famille finno-ougrienne, comme le finnois, mais dans une branche distincte de celle des langues fenniques. Autrement dit : Sámi et Finlandais partagent une racine linguistique lointaine, mais ne se comprennent pas et ne forment pas le même peuple. C'est une confusion courante chez les visiteurs.

Le mode de vie a changé plusieurs fois. La chasse au renne sauvage et la pêche ont précédé l'élevage tel qu'on le connaît, qui ne s'est généralisé qu'au cours des derniers siècles. La fermeture progressive des frontières entre la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie, aux XVIIIe et XIXe siècles, a coupé des routes de transhumance millénaires.

Quelle est la religion des Sámi, du chamanisme au luthéranisme

La religion traditionnelle était animiste. Le monde y était peuplé d'esprits, et certains lieux naturels, les sieidi, recevaient des offrandes : un rocher de forme singulière, une source, un promontoire. Le culte de l'ours occupait une place centrale, entouré de rituels précis.

Le noaidi, le chamane, exerçait une forte influence comme conseiller et intercesseur. Son tambour, orné de figures peintes, servait à la fois d'instrument rituel et d'outil de divination.

Les premiers missionnaires arrivent au XIIIe siècle, mais la conversion s'accélère brutalement aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle est pratiquement achevée au début du XVIIIe. Les tambours sont confisqués et brûlés par centaines, les sieidi détruits, la pratique du joik interdite comme sorcellerie. C'est la période qui a fait disparaître l'essentiel du savoir rituel.

À partir de 1840, le pasteur Lars Levi Læstadius(1800-1861), lui-même de mère sámi, prêche un luthéranisme rigoriste qui s'implante durablement dans le nord. Aujourd'hui, les Sámi sont majoritairement luthériens, souvent læstadiens, et orthodoxes chez les Skolts, héritage de leur histoire à l'est.

Les langues samies parlées en Finlande

Trois langues samies distinctes sont parlées en Finlande, et non trois dialectes : leurs locuteurs ne se comprennent pas spontanément entre eux. Toutes trois sont officielles dans les communes du territoire sámi.

Le same du Nord (davvisámegiella)
La plus répandue des langues samies, parlée par environ 2 000 personnes en Finlande et par la majorité des locuteurs samis de Norvège et de Suède. C'est celle qui bénéficie du plus de ressources : enseignement, presse, radio, traductions officielles.
Le same d'Inari (anarâškielâ)
Unique à la Finlande, parlée exclusivement autour du lac Inari. Elle comptait quelques centaines de locuteurs et a failli disparaître. Des programmes d'immersion linguistique pour enfants, lancés dans les années 1990, l'ont ramenée à environ 400 locuteurs.
Le same skolt (nuõrttsääʹmǩiõll)
Parlée par environ 300 personnes autour de Sevettijärvi et Nellim. Les Skolts ont été déplacés de la région de Petsamo, cédée à l'Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale. Leur culture est marquée par l'orthodoxie plutôt que par le luthéranisme.

L'élevage de rennes, mode de vie ancestral des Sámi

La Finlande compte environ 200 000 rennes, répartis sur des zones de pâturage qui couvrent un tiers du territoire national. L'élevage s'organise en coopératives, les paliskunta, et les bêtes vivent en semi-liberté toute l'année.

Contrairement à ce qu'on croit souvent, l'élevage n'est pas réservé aux Sámi en Finlande : tout résident de la zone d'élevage peut posséder des rennes. La différence est ailleurs. Pour les éleveurs sámis, l'activité porte une langue, un calendrier, un système de marques d'oreille transmis dans les familles et un rapport au territoire qui ne se réduit pas à une exploitation agricole.

L'automne apporte l'erotus, le rassemblement où les troupeaux sont triés, les jeunes marqués et une partie des bêtes sélectionnée pour l'abattage. C'est l'événement social majeur de l'année.

Le changement climatique menace directement ce mode de vie. Les redoux hivernaux suivis de regels forment une croûte de glace sur le sol, sous laquelle les rennes ne peuvent plus atteindre le lichen. Les éleveurs doivent alors nourrir les troupeaux au fourrage, ce qui bouleverse une économie fondée sur le pâturage libre.

Troupeau de rennes en semi-liberté sur la toundra enneigée du Sápmi
Les rennes vivent en semi-liberté toute l'année. Les traces au sol sont celles des motoneiges des éleveurs.

Le joik, plus ancienne tradition musicale d'Europe

Le joik ne raconte pas. Il ne décrit pas non plus. Là où une chanson parle de quelqu'un, un joik estcette personne, cet animal ou ce lieu. On ne chante pas un joik sur quelqu'un, on le joike.

La forme est courte, répétitive, sans début ni fin marqués, souvent sans paroles. Elle compte parmi les traditions vocales les plus anciennes d'Europe encore pratiquées.

Interdit pendant la christianisation, puis moqué à l'école pendant la période d'assimilation, le joik a failli s'éteindre. Il connaît depuis les années 1970 un renouveau porté par des artistes comme Nils-Aslak Valkeapää, Mari Boine ou Wimme Saari, qui l'ont sorti du cercle familial pour l'emmener sur scène.

Gákti et duodji : le vêtement et l'artisanat sámi

Le gáktiest le vêtement traditionnel. Ses couleurs, la disposition de ses galons, la forme de son col et de ses boutons indiquent la région d'origine de celui qui le porte, parfois sa famille, parfois son statut marital. Un Sámi lit ces signes au premier coup d'œil, comme on lit une adresse.

Le duodjidésigne l'artisanat : travail du bois de renne et du cuir, sculpture sur os, vannerie de racine, tissage de galons, couteaux. Chaque objet a une fonction. Le label Sámi Duodji distingue les pièces réalisées par des artisans sámis des imitations industrielles vendues aux touristes.

Le Parlement sámi et les droits du peuple sámi aujourd'hui

Le Sámediggi, Parlement sámi de Finlande, siège à Inari depuis sa création en 1996. Ses 21 membres sont élus pour quatre ans par les Sámi inscrits sur les listes électorales.

Il n'a pas de pouvoir législatif. Le gouvernement finlandais doit le consulter sur les questions touchant aux droits sámis, à l'usage des terres du territoire sámi et aux politiques linguistiques et éducatives, mais n'est pas tenu de suivre son avis.

Deux dossiers restent ouverts. Le premier porte sur la définition même de qui est sámi, donc de qui vote au Sámediggi : la Finlande a été rappelée à l'ordre par des organes de l'ONU sur ce point. Le second concerne les droits fonciers, la Finlande n'ayant toujours pas ratifié la convention 169 de l'Organisation internationale du travail sur les peuples autochtones.

Où découvrir la culture sámi en Finlande

Inari est le centre de la vie sámi finlandaise, à trois heures de route au nord de Saariselkä.

Le musée Siida, rénové en 2022, combine musée culturel et centre nature. Il présente l'histoire, les langues et les modes de vie sámis, avec un musée de plein air attenant qui reconstitue un campement. Comptez une quinzaine d'euros l'entrée et une bonne demi-journée sur place.

Le centre culturel Sajos, qui abrite le Sámediggi, accueille expositions, concerts et festivals tout au long de l'année. Le festival Ijahis idja, en août, programme de la musique sámi contemporaine.

Le 6 février est la journée nationale sámi, célébrée dans tout le Sápmi. C'est le meilleur moment pour voir la culture vivante plutôt que muséifiée.

Rive gelée du lac Inari bordée de forêt boréale, en Laponie finlandaise
Le lac Inari, troisième plus grand lac de Finlande, au cœur du territoire sámi.

Visiter le territoire sámi avec respect

Ne portez pas le gákti
Le costume sámi indique l'appartenance familiale et régionale de celui qui le porte. Ce n'est pas un déguisement, et les versions vendues en boutique de souvenirs sont considérées comme une appropriation. On l'admire, on ne l'endosse pas.
Choisissez des opérateurs sámis
Beaucoup d'activités « rencontre avec les Sámi » sont montées par des sociétés extérieures. Le label Sámi Duodji garantit l'artisanat authentique, et les entreprises touristiques sámies s'identifient clairement. La différence se voit sur le contenu comme sur la répartition des revenus.
Demandez avant de photographier
Cela vaut pour les personnes comme pour les cérémonies, les enclos à rennes et les sites sacrés. Un sieidi, rocher ou formation naturelle vénérée, ne se signale pas toujours par un panneau.
Ne réduisez pas les Sámi au folklore
Une majorité de Sámi de Finlande vit aujourd'hui hors du territoire sámi, exerce des métiers ordinaires et n'élève pas de rennes. Les présenter uniquement en costume, à côté d'un traîneau, fige un peuple vivant dans une carte postale.

Le reste de la Laponie se découvre depuis nos guides sur la Laponie finlandaise et sur le village du Père Noël à Rovaniemi, où les fermes de rennes proposent des rencontres encadrées. La culture du sud du pays, qui n'a rien à voir avec celle-ci, est traitée dans notre silo culture finlandaise.

Les visites au départ d'Inari, dont celles proposées par des familles d'éleveurs sámi elles-mêmes, se comparent sur GetYourGuide.

Un critère simple avant de réserver, quelle que soit la plateforme : qui accueille. Une ferme tenue par une famille sámi et une reconstitution jouée par des saisonniers portent souvent le même intitulé. La fiche du prestataire le dit, ou ne le dit pas.

Questions fréquentes sur le peuple Sámi

Qui sont les Sámi de Laponie ?

Les Sámi sont le peuple autochtone du nord de la Fennoscandie et le seul peuple autochtone reconnu de l'Union européenne. Leur territoire traditionnel, le Sápmi, s'étend sur le nord de la Norvège, de la Suède et de la Finlande, ainsi que sur la péninsule de Kola en Russie. Ils sont environ 10 000 en Finlande, et la Norvège en compte le plus grand nombre, plus de 55 000.

Quelle est l'origine des Sámi ?

Les études génétiques situent l'arrivée d'une ascendance sibérienne dans la région il y a environ 4 000 ans. Dès l'âge du bronze, les Sámi occupaient un territoire allant du Finnmark norvégien à la péninsule de Kola. Leurs langues appartiennent à la famille finno-ougrienne, mais dans une branche distincte de celle du finnois : Sámi et Finlandais ne sont pas le même peuple et ne se comprennent pas entre eux.

Quelle est la religion du peuple Sámi ?

La religion traditionnelle sámi était chamanique et animiste, articulée autour du noaidi, le chamane, du culte de l'ours, des sacrifices et de lieux naturels sacrés appelés sieidi. La christianisation a commencé avec les premiers missionnaires au XIIIe siècle et était pratiquement achevée au début du XVIIIe. Aujourd'hui, les Sámi sont majoritairement luthériens, souvent læstadiens, et orthodoxes chez les Skolts.

Peut-on rencontrer des Sámi en Finlande ?

Oui, principalement dans les communes d'Enontekiö, d'Inari, d'Utsjoki et une partie de Sodankylä. Le musée Siida à Inari est le meilleur point de départ pour comprendre la culture sámi, et le centre culturel Sajos accueille des expositions et des événements. Privilégiez les opérateurs touristiques sámis plutôt que les mises en scène montées par des sociétés extérieures.

Les Sámi élèvent-ils tous des rennes ?

Non, et c'est l'idée reçue la plus tenace. En Finlande, environ 4 500 personnes vivent de l'élevage de rennes, Sámi et Finlandais confondus, sur une population sámi d'environ 10 000. L'élevage reste un pilier identitaire, mais la majorité des Sámi exerce d'autres métiers, et beaucoup vivent en dehors du territoire sámi.

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